25 /01/17. Le savon bio qui fait pousser les seins des petits garçons

Au hasard d’une enquête sur les cosmétiques pour Les jours (un site qui vaut vraiment le détour), je suis tombé sur un papier intitulé Faire soi-même ses produits de beauté, daté du 6 janvier 2017, sur le site du quotidien La Croix.

Voici comment il démarre : C’est parce que j’avais la peau très sensible et que je ne supportais plus d’acheter des produits chers et peu efficaces que j’ai décidé de fabriquer moi-même mes crèmes. » Ania s’inscrit dans l’esprit du temps. Comme elle, de plus en plus de femmes – mais les hommes ne sont pas en reste – ont décidé de se réapproprier leur santé en confectionnant eux-mêmes leurs produits de soin, sans substances cancérigènes et autre parabens pointés du doigt depuis quelques années ».

Les industriels nous empoisonnent, reprenons notre consommation en main. Discours classique, mais avec un couac sévère au sixième paragraphe.

Il commence pourtant bien. « Attention toutefois aux huiles essentielles », prévient l’auteur. « Elles peuvent être photosensibilisantes et ne s’utilisent pas pures, à l’exception de l’arbre à thé et de la lavande. » C’est moi qui souligne. Du thé et de la lavande, voilà des noms plus rassurants que paraben. Le problème est que l’arbre à thé dont on tire une huile essentielle n’a rien à voir avec le théier. Il s’agit en réalité du mélaleuca australien. Son huile essentielle peut causer des irritations cutanées. Et en association avec la lavande, elle pourrait former un puissant perturbateur endocrinien. C’est du moins ce que suggérait  un article publié dans le New England journal of Medicine en 2007. Il rapportait des cas de croissance des seins chez trois garçons prépubères, lavés régulièrement avec des savons bio à la lavande et à l’arbre à thé (« lavender and tea tree oils »).

Trois cas seulement, c’est trop peu pour conclure. Des études postérieures ont mis en évidence un effet hormonal in vitro des huiles essentielles de lavande et d’arbre à thé, mais la plupart des travaux réalisés sur ce sujet depuis 2007 tendent à innocenter les cosmétiques, où les huiles essentielles sont fortement diluées (personne de sérieux ne recommande de les utiliser pures en cosmétique). Une synthèse en anglais pour le grand public datant de 2016 est disponible ici. Globalement, le dossier d’instruction en est à peu près au même point que celui des parabens : des suspicions, des études préoccupantes… Rien de probant; mais quand même assez pour faire, sur les parabens, des titres aussi stupidement anxiogènes que celui de cet article…

Erwan Seznec