FNSEA, histoire secrète du patronat

Le chapitre ci-dessous est extrait du livre Histoire secrète du Patronat, publié aux éditions de la Découverte en 2010, rédigé par Benoit Collombat, David Servenay, Martine Orange, Frédéric Charpier et moi. J’avais pris en charge le chapitre sur la FNSEA. Il est reproduit ici simplement à l’usage de ceux qui penseraient que je roule pour le lobby agro-industriel. Bonne lecture, c’est assez long.

2.16- Quand les syndicats verts font la loi 1968 -1981

 

Mai 1968. Alors que la France connaît le mouvement social le plus massif de l’histoire de la République, ses paysans sont au champ. Pendant que la France défile, ils travaillent. Ce n’est pas par manque de goût pour les manifestations. De l’après-guerre à nos jours en passant par les années 1960, aucune corporation n’a autant utilisé l’arme de rue, et en causant des dégats aussi énormes, que les paysans. Simplement, en 1968, ces derniers sont liés par un pacte implicite avec le pouvoir gaulliste, un pacte qui va bien au-delà des simples affinités politiques.

Pour comprendre la nature de ce pacte, il faut remonter brièvement aux années 1950. La France de cette époque à des paysans, alors que celle d’aujourd’hui à une agriculture. Les premiers étaient réputés archaïques et attardés, la seconde se veut ultramoderne et efficace. Ils ne parvenaient pas à nourrir le pays, elle est le troisième exportateur mondial de produits agricoles, le premier pour les produits transformés. L’agriculture est la championne incontestée de notre commerce extérieur, avec un solde net annuel de neuf milliards d’euros.Le secteur emploie moins de 6% de la population active, contre plus de 30% à la fin de la Seconde guerre mondiale. Comparées à celles des Pays-Bas ou du Royaume-Uni, les exploitations françaises de l’époque étaient trop petites, trop nombreuses et peu efficaces. Par rapport aux Etats-Unis, elles avaient plusieurs décennies de retard. L’écart a été comblé à une vitesse impressionnante entre 1960 et 1980. Les gouvernements de ces deux dernières décennies se sont parfaitement entendus avec la puissante Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) pour développer l’agriculture intensive, sans grande considération pour les dommages sur l’environnement.

Ils sont pourtant flagrants. 60% des nappes phréatiques et 30% des cours d’eau contiennent des nitrates, aux deux tiers issus de l’agriculture. Peu dangereux, les nitrates voyagent avec des résidus de pesticides difficiles à détecter, mais infiniment plus toxiques. Longtemps considérée comme une lubie écologiste, le risque d’épuisement irréversible des sols dans les bassins où ils sont trop sollicités est désormais admis par la recherche officielle, notamment l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Sans parler de l’épuisement des nappes phréatiques pompées pour irriguer les cultures. Sur le plan économique, ce modèle productiviste est une réussite relative, puisque les agriculteurs sont subventionnés à outrance. 77% de leurs revenus est constitué par des aides nationales et européennes.

 

Après-guerre : l’alliance inattendue entre le gaullisme et la FNSEA

Pourtant, dès les années 1960, Ces impasses environnementales, économiques et humaines étaient signalées par par une minorité d’agriculteurs et de scientifiques. Il s’agissait de modernistes « modérés », acquis à la cause du progrès technique, mais pas à n’importe quel prix humain et environnemental. Ils n’ont pas réussi à se faire entendre. Comme s’il n’y avait pas d’autre politique possible, en dehors de l’agrandissement perpétuel des exploitations, de la hausse des rendements à l’hectare et du recours croissant à la chimie en culture et à la pharmacie en élevage. Deux courants de pensée ont réalisé un consensus à peu près total sur cette vision du « progrès »  agricole: le gaullisme et la FNSEA.

Leur alliance était tout sauf naturelle. « Les paysans sont devenus résistants parce qu’on ne pouvait pas parachuter des armes en ville ». D’une authenticité douteuse, la phrase prêtée au général De Gaulle est néanmoins révélatrice. Née d’un congrès à l’hôtel de ville de Paris en mars 1945 (trois mois avant le rétablissement de la liberté syndicale suspendue par Pétain), la FNSEA accorde à ses débuts une large place aux personnalités issues de la résistance et aux syndicats de salariés, CGT comprise. Tous ces éléments de gauche sont écartés dès le congrès de 1950. Sur la pointe des pieds, reviennent alors des leaders compromis dans la Corporation paysanne de Pétain. La FNSEA retrouve son visage d’avant-guerre, celui d’un club de notables conservateurs, bien introduits dans les allées du pouvoir et proches du CNPF. Aux législatives de 1951, 88 paysans entrent à l’Assemblée, dont 15 présidents de fédérations agricoles. Les argentiers du CNPF, Jean-Marc Vernes (le futur banquier du RPR) et André Boutemy [voir p. xxx 1.4] sont satisfaits. Selon Gilles Luneau, auteur d’une monumentale Histoire de la FNSEA, ils ont distribué des enveloppes de financement de campagne. Le retour sur investissement est au rendez-vous.

A l’époque, la SFIO ne cherche même plus à regagner des voix qu’elle juge indéfectiblement acquise à la droite et marginalement aux communistes, représentés par le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef). Quand Guy Mollet devient président du conseil en 1956, il supprime carrément le ministère de l’Agriculture et le remplace par un sous-secrétariat d’Etat, alors que les paysans représentent 30% de la population. Plus pour longtemps, d’ailleurs. L’exode rural s’accélère, sur fond de crise des cours dans la viande, le lait, les primeurs et le vin. Les paysans manifestent, protestent, mais s’enfoncent dans le marasme tout au long des années 1950.

 

Les années 1960 : naissance des émeutiers-entrepreneurs

 

Le grand tournant intervient en 1960, dans le Finistère. Les producteurs d’artichauts du nord du département manifestent contre l’effondrement des prix de gros et les marges abusives des intermédiaires. Jusqu’ici, rien que de très banal. Mais leurs méthodes en revanche, surprennent. Avec l’appui d’un épicier de Landerneau nommé Edouard Leclerc [voir p. xxx], ils montent à Paris et organisent des ventes en direct aux consommateurs, sans la moindre autorisation. Le public apprécie, le gouvernement laisse faire.

Au printemps 1961, les légumiers passent à la vitesse supérieure. Le 8 juin, 4 000 agriculteurs bloquent les accès à la ville de Morlaix puis occupent la sous-préfecture. La presse nationale, informée à l’avance, est déjà sur place. L’événement fait la Une de tous les quotidiens. Deux meneurs sont emprisonnés, Marcel Léon et Alexis Gourvennec. Les paysans ne désarment pas, au contraire. Ils répliquent par des raids incessants pendant plus d’un mois. Blocage de ponts et de carrefours le jour, destruction de poteaux électriques et téléphoniques la nuit. Progressivement, le mouvement s’étend à d’autres régions. Le 23 juin, à la veille du jugement du tribunal de Marcel Léon et Alexis Gourvennec, plusieurs centaines de paysans occupent la préfecture de Poitiers. Ils sont 10 000 devant le Palais de justice de Morlaix, face à 3 000 CRS qui n’en mènent pas large. Les affrontements des semaines précédentes ont été sanglants, avec des blessés graves des deux côtés.

Le lendemain, les deux leaders paysans sont relaxés. Le pouvoir joue manifestement l’apaisement. Dans les jours qui suivent, le Premier ministre Michel Debré reçoit Joseph Courau, président de la FNSEA, et lui promet une application réelle des lois d’orientation agricole, qui restent souvent lettre morte. Paradoxe : face à ces concessions du pouvoir Courau se sent un peu gêné. La vieille garde de la Fédération n’a pas soutenu l’initiative des Bretons, qui viennent de lui donner une leçon d’action syndicale. « En quinze jours, nous avons obtenu plus qu’en quinze ans », déclare Marcel Léon, l’un des leaders de cette fronde agricole, lors d’un meeting à Morlaix le 24 juin.

Dans la foulée, les gaullistes découvrent une génération de jeunes agriculteurs qui connaît ses dossiers. Ils ont visité des fermes modèles aux Pays-Bas, certains ont fait des stages de longue durée aux Etats-Unis dans le cadre du plan Marshall. Leurs manifestations sont dévastatrices, mais ils n’ont aucun penchant subversif. Ils réclament simplement les moyens de travailler correctement et pour cela sont prêts à tout casser. Tout aussi capable de mettre à sac le centre-ville de Morlaix à la tête de ses troupes, que de créer ex nihilo une compagnie maritime (la Brittany Ferries, lancée en 1972, qui emploie 2 300 salariés à ce jour), Alexis Gourvennec, l’autre meneur du mouvement, incarne à la perfection ces émeutiers-entrepreneurs.

Nombreux, bien encadrés et équipés d’engins lourds, les paysans allient un potentiel de destruction sans équivalent chez les ouvriers à une force réelle de propositions. Donnant le ton pour les 40 années suivantes, le gouvernement de Michel Debré préfère la collaboration à l’épreuve de force.

 

La cogestion avec le pouvoir : du redécoupage du territoire à l’action « coup de poing » chez Jean Gabin

 

Ministre de l’Agriculture, Edgard Pisani, alors âgé de 43 ans, inaugure en 1961 une forme inédite de cogestion. Il s’entend tellement bien avec ses jeunes interlocuteurs (notamment Michel Debatisse, représentant du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA), qui dirigera la FNSEA de 1966 à 1978), qu’il transforme les réunions au ministère en théâtre d’ombre. Les vraies négociations ont lieu la nuit, à son domicile. Le ministre et ses interlocuteurs se mettent d’accord sur un objectif commun, exposent sans détour les concessions qu’ils sont prêt à accepter, puis ils font mine de chercher un compromis dans le cadre du processus de discussion officiel.

Les leaders agricoles ont une vision de l’avenir dépourvue de sentimentalisme. L’exode rural est une fatalité, il faut qu’il se passe vite et bien, dans l’intérêt de ceux qui restent à la campagne. La FNSEA obtient une indemnité viagère de départ pour les petits exploitants incapables de survivre. Avec Pisani, elle organise les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), chargées de distribuer les terres pour former des grands ensembles cohérents, dont le Crédit Agricole finance la modernisation. La technocratie gaulliste applaudit. Voilà des responsables syndicaux qui, littéralement, redessinent la France. Au passage, ils se placent à tous les étages du dispositif. On retrouve les hommes du CNJA et de la FNSEA, des commissions Safer jusqu’au conseil d’administration des caisses de Crédit agricole. Nommé président de la Fédération nationale du Crédit agricole en 1970, Lucien Douroux est le beau-frère de Michel Debatisse, l’homme du CNJA puis de la FNSEA !

Pour autant, les paysans ne délaissent pas la rue. Instruits par le précédent de du blocus de Morlaix en 1961, ils frappent vite et fort quand les réformes qu’ils ont négociés tardent à entrer en application. Ainsi, En 1962, plusieurs centaines d’entre eux envahissent la ferme de Jean Gabin dans l’Orne. L’acteur a investi ses cachets dans la terre le plus légalement du monde. Entretemps, le CNJA a obtenu des mesures en faveur des jeunes qui souhaitent s’installer, mais ne trouvent pas d’exploitation. Les préfectures renâclent ? Les paysans vont faire un exemple. Cinquante journalistes sur leurs talons, ils viennent exiger de la star du cinéma français la promesse de louer une partie de ses terres. Et ils l’obtiennent, sous l’œil placide de l’Etat.

La violence paye et arrange jusqu’au ministre de l’Agriculture. Face à son collègue des Finances ou, de plus en plus souvent, face à ses homologues du Marché commun, il peut faire valoir, photos de manifestations spectaculaires à l’appui, que certaines décisions risquent d’être très, très mal acceptées dans les campagnes.

 

Des spécialistes de la gestion de crise L’hégémonie de la FNSEA

 

Mais le recours à la force, n’est jamais gratuit ou aveugle. La FNSEA et le CNJA respectent l’accord passé avec le pouvoir gaulliste. En mai 1968, seul remuent quelques bastions de la gauche agricole comme la Loire-Atlantique, animé sur le plan syndical par un militant charismatique, Bernard Lambert. Membre du PSU (Parti socialiste unifié), il publie en 1970 Les paysans dans la lutte des classes, préfacé par Michel Rocard. Lambert est en avance sur son époque. Dès les années 1960, il est hostile à ce qu’on appelle les « élevages intégrés ». Ceux-ci transforment les exploitants agricoles en exploités tout court, tenus par des contrats léonins signés avec des industriels qui fournissent l’aliment et achètent le bétail à des prix qu’ils fixent eux-mêmes. Poussé à se moderniser et à s’agrandir, l’éleveur supporte seul les prêts, que le Crédit Agricole lui refuse rarement. Il finit par s’endetter à des niveaux insupportables, jusqu’à mettre la clé sous la porte.

Cette critique argumentée, aujourd’hui reprise par la Confédération paysanne, peine à l’époque à remonter jusqu’au gouvernement. Guère étonnant puisque forte de la progression rapide des volumes produits par l’agriculture française, la FNSEA filtre l’information. En tant que syndicat, elle renforce ses positions jusqu’à devenir hégémonique. Elle truste les présidences de Chambres d’agriculture (elle en a encore remporté 90 sur 94 aux élections de 2007…), impose ses hommes à la Mutualité sociale agricole (MSA), dans les agences de l’eau, et dicte les positions françaises dans les négociations européennes.

Elle fait preuve d’une habileté impressionnante dans la gestion de la grogne agricole, et le gouvernement lui en sait gré. Elle ne cherche pas à refouler les mécontentements. Elle les accompagne et les canalise. En 1973, les éleveurs du plateau du Larzac (Aveyron), décident de monter en tracteur à Paris. Ils protestent contre le projet d’extension massive d’un camp militaire sur le Causse. Passablement embarrassée, la FNSEA soutient la démarche, mais à reculons. Michel Debatisse donne son aval au cortège des tracteurs, tout en exigeant qu’il s’arrête à Orléans. Les manifestants arrivent finalement à Paris le 13 janvier 1973, mais à pied. En réalité, si la FNSEA n’est pas spécialement ravie de voir les militaires accaparer des terres, sur le fond, elle plaide pour la disparition des plus faibles. « Les deux tiers des entreprises agricoles n’ont pas, en termes économiques, de raison d’être. Nous sommes d’accord pour réduire le nombre d’agriculteurs », déclare Debatisse à la revue Entreprise en 1968. Les éleveurs de mouton du Larzac font évidemment partie du lot…

 

Les années 1970 : Un ami nommé Jacques Chirac

 

Déjà au beau fixe, les relations entre les gaullistes et la FNSEA tournent à l’idylle avec l’entrée en scène de Jacques Chirac. Ministre de l’Agriculture du gouvernement de Pierre Messmer, de 1972 à 1974, il va nouer avec le puissant syndicat agricole une relation de complicité étroite. Dès 1973, il lance la première politique d’aide à l’agriculture de montagne, ce qui n’est pas pour déplaire à Michel Debatisse, lui-même éleveur dans le Puy-de-Dôme.

Jacques Chirac se sent comme chez lui à la FNSEA. Quand celle-ci remplace son directeur général en 1978, elle embauche un militant RPR nommé François Clerc,… sur proposition de Jacques Chirac ! Politesse pour politesse : Premier ministre de 1974 à 1976, Jacques Chirac n’avait pas manqué de solliciter l’avis de la FNSEA avant de choisir comme ministre de l’Agriculture Christian Bonnet. Député du Morbihan de 1956 à 1972, il connaît bien les paysans. Jacques Chirac fera encore plus fort en 1986, puisqu’il nommera ministre de l’Agriculture le président de la FNSEA, François Guillaume.

Même le tragique épisode de l’accident de Montredon, en mars 1976, ne va pas altérer ses bonnes relations avec la Fédération. Des viticulteurs du Languedoc manifestent depuis plusieurs semaines contre les importations de vins d’autres pays de la Communauté européenne, en particulier d’Italie. Le gouvernement a consulté la FNSEA, qui préconise de laisser tomber les viticulteurs en colère. Le calcul très pragmatique est le suivant : si jamais la France bloque les importations de vin italien, l’Italie va bloquer en représailles les exportations de viande bovine française, qui pèsent plus lourd que les vins bas de gamme du Languedoc-Roussillon.

Les forces de l’ordre répriment donc sans ménagement le mouvement. Deux viticulteurs sont arrêtés pour avoir organisé un coup de force contre un négociant exportateur. La manifestation suivante tourne au bain de sang. Elle a lieu le 4 mars à Montredon-des-Corbières (Aude). A peine descendus des fourgons, les CRS sont pris pour cible par des manifestants qui tirent à la balle à ailettes, le genre de munitions employé pour chasser le sanglier. Les forces de l’ordre ripostent au pistolet-mitrailleur. Bilan : deux morts, le commandant de CRS, Joël Le Goff et un manifestant, Emile Pouytès, et trente blessés graves.

Dans les jours qui suivent, pas de réaction du Premier ministre, Jacques Chirac, ni de la FNSEA, aussi embarrassés l’un que l’autre. Sabotée par les moyens classiques (changement de magistrat en cours d’instruction, dépaysement du dossier, arrestation hâtive d’un pseudo-suspect vite relâché, etc.), l’enquête pour retrouver le meurtrier du commandant de CRS n’aboutira jamais.

Malgré son bilan calamiteux, cette affaire conforte le statut d’interlocuteur privilégié de la FNSEA, qui apparaît comme la seule organisation capable de canaliser les paysans en colère.

 

1975 : L’invention des « cotisations volontaires obligatoires », une taxe au profit exclusif de la FNSEA

Comme il serait vraiment mesquin de priver un partenaire aussi efficace de ressources, l’Etat va désormais laisser le syndicalisme agricole se financer à sa guise, à travers les « cotisations volontaires obligatoires ». Elles sont issues d’une loi adoptée en 1975 (sous le gouvernement de Jacques Chirac) encadrant le fonctionnement des interprofessions agricoles céréalières, laitières, cidrières ou bovines. Comme toutes les associations, ces interprofessions regroupant producteurs, intermédiaires et transformateurs, peuvent demander une cotisation à leurs adhérents. La loi de 1975 leur confère le privilège considérable d’obtenir, par arrêté, l’extension de cette cotisation à tous les membres d’une filière, d’où l’appellation paradoxale de volontariat obligatoire. Cela revient à créer une taxe parafiscale au profit d’une organisation privée et à lui en confier la gestion. En contrepartie, les interprofessions sont supposées œuvrer à l’intérêt commun de la filière par des études, de la formation ou des campagnes de publicité. Elles doivent aussi fixer des niveaux de prélèvements proportionnés aux tâches accomplies.

Dire que le système a été dévoyé serait un euphémisme. Très proches des syndicats agricoles, les interprofessions ont pris la notion « d’intérêt commun » dans son sens le plus large. Elles ont levé des sommes considérables (300 millions d’euros par an dans les années 2000) qui ont largement contribué au train de vie des différentes composantes de la FNSEA. Cette mécanique bien huilée a tourné sans heurt jusqu’à un rapport de la Cour des comptes publié en 1998, sous le gouvernement de Lionel Jospin. Les magistrats ont mis en évidence des anomalies dans le fonctionnement d’Unigrains, l’organisme gérant la cotisation volontaire obligatoire des céréaliers. Anomalies qu’ils retrouveront à l’identique en inspectant Sofiprotéol, organisme financier de la filière oléagineuse, objet d’un second rapport publié en 2003.

 

Une justice clémente avec les barons du syndicalisme agricole

 

L’affaire Unigrains vaudra à Luc Guyau, président de la FNSEA de 1992 à 2001, de passer en correctionnelle à la 11ème chambre du Tribunal de grande instance de Paris fin 2008, pour abus de biens sociaux. A côté de lui sur le banc des prévenus, Henri de Benoist, vice-président de la FNSEA , Joseph Daul, président de la Confédération nationale des éleveurs (et du groupe des chrétiens-démocrates au Parlement européen), ainsi que Georges Dutruc-Rosset, directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture Philippe Vasseur en 1995 et 1996, plus quatre autres hauts responsables syndicaux de la FNSEA. Rendu le 5 décembre 2008, le jugement relaxe tous les prévenus.

Dans l’affaire Sofiprotéol, la Coordination rurale (fédération qui tente de concurrencer la FNSEA) avait porté plainte. Elle a été déboutée par la cour d’appel en novembre 2008, après avoir déjà perdu en première instance en 2006. Dans les deux affaires, les magistrats ont relevé des dérives dans l’emploi des cotisations volontaires obligatoires, mais sans aller jusqu’à les qualifier d’abus de biens sociaux ou de détournement de fonds. Unigrains, par exemple, réglait la cotisation de la Confédération nationale des éleveurs à la FNSEA, lui versant jusqu’à un million d’euros certaines années. Comme l’argent ne sort pas de la famille agricole, ce n’est pas vraiment un détournement : avancé par la défense, cet argument fort peu juridique avait été écarté sans hésitation par la Cour des comptes. Les juges du tribunal correctionnel l’ont néanmoins retenu.

Soulagé à l’énoncé du jugement, le vice-président de la FNSEA se félicitait que « la justice française ait enfin reconnu le bien fondé » des actions de la Fédération, qui ont « toujours été guidées par l’intérêt général du monde agricole ». L’idée que les intérêts en question puissent ne pas toujours coïncider exactement avec ceux de la FNSEA ne l’effleure même pas. La Fédération est l’agriculture française.

 

Provéa : la cagnotte de secours

 

L’affaire des cotisations volontaires obligatoires a un versant méconnu. Le tapage médiatique autour d’Unigrains et de Sofiprotéol l’ayant tout de même forcé à renoncer aux abus les plus voyants, la FNSEA a créé de tout pièce en 2002 une ressource complémentaire, sous la forme d’un fonds nommé Provéa. Il est alimenté par un prélèvement de 0,2% sur les salaires dans l’agriculture, soit environ 10 millions d’euros par an. Les trois quarts reviennent à la FNSEA et à ses satellites, le reste aux organisations de salariés (CFDT, CFTC, CGC, CGT, FO). A quoi sert Provea ? Ses statuts évoquent la gestion prévisionnelle de la main d’œuvre agricole et la mise en place d’observatoires. Sur le terrain, on cherche en vain les réalisations à la hauteur des 10 millions collectés chaque année. Parfaitement au courant des errements financiers de Provéa, le ministère de l’Agriculture n’a jamais demandé à la FNSEA de rendre des comptes sur l’emploi de cette nouvelle taxe parafiscale.

 

La gauche, entre peur et résignation

Arrivée au pouvoir en mai 1981, la gauche a tenté de briser le monopole de fait de la FNSEA, en reconnaissant la représentativité des mouvements comme le Modef ou la Confédération nationale des syndicats de Travailleurs paysans, (ancêtre de la Confédération paysanne). Furieuse, la FNSEA va le lui faire payer cher, en se laissant « déborder par la base », selon la terminologie en vigueur.

Ministre de l’Agriculture de 1982 à 1984, Edith Cresson doit composer avec des manifestants hostiles à l’occasion de pratiquement tous ses déplacements. En visite dans une ferme du Calvados le 2 février 1982, elle est séquestrée pendant plusieurs heures par des centaines de paysans. Aucun n’est sanctionné. A la même époque, à Quimper, des manifestations d’éleveurs de porcs tournent au film gore : des porcelets vivants sont lâchés dans les rues, les jarrets mutilés, puis écrasés au tracteur. Au printemps 1983, des paysans saccagent la sous-préfecture de Brest. L’un d’entre eux est arrêté et incarcéré à la maison d’arrêt de Quimper. Le 22 avril, ses collègues ravagent le centre-ville puis prennent d’assaut la maison d’arrêt. Ils forcent au tracteur les portes de la première enceinte et reculent seulement quand les gardes-mobiles les mettent en joue au fusil mitrailleur. Mais avant de rentrer se coucher, ils attaquent la sous-préfecture de Châteaulin. Aucun de ces actes n’entraine la moindre sanction.

Les relations entre les socialistes et la FNSEA vont s’apaiser sous les ministères de Michel Rocard (1983-1985), et virer à la paix des braves sous Henri Nallet. En charge de l’agriculture de 1988 à 1990 dans le gouvernement Rocard, celui-ci a démarré dans la vie active comme conseiller technique …à la FNSEA, de 1966 à 1970 (en 2008, il sera cité comme témoin de la défense par les avocats du syndicat dans l’affaire Unigrains).   Ces bonnes relations restent néanmoins précaires. Dans toute l’histoire de la Ve république, un seul bureau de ministre a été saccagé par des manifestants : celui de Dominique Voynet, en charge de l’Aménagement du territoire et de l’environnement dans le gouvernement de Lionel Jospin, le 8 février 1999. Elle préparait une loi sur l’eau qui aurait conduit les agriculteurs à supporter le coût de la pollution des rivières et des nappes par les nitrates et les pesticides. Inadmissible. 150 paysans forcent alors les portes de son ministère, ridiculisant l’Etat en plein cœur de Paris. Les forces de l’ordre arrivent une demi-heure plus tard, après les journalistes. Cinq personnes seulement seront poursuivies, et condamnées en 2001 à de simples amendes.

En définitive, l’un des rares paysans à avoir fait de la prison ferme ces dernières années est José Bové, qui a passé plusieurs semaines derrière les barreaux en 2002 et en 2003. Le faucheur de cultures OGM a eu le tort d’ajouter à ses violences (modestes, à l’échelle agricole) un message de contestation politique. Il s’en prend au productivisme. Quand la FNSEA se laisse « débordée par la base », c’est au contraire pour le défendre. Jusqu’à présent, elle n’y a pas trop mal réussi.

ES

Pour en savoir plus :

(1) La forteresse agricole. Une histoire de la FNSEA, Gilles Luneau, Fayard 2004.

Les violences paysannes sous la Ve république, Nathalie Duclos, Paris, Economica, 1998.

La  Révolution silencieuse , Michel Debatisse, Calmann Lévy, 1963.

Alexis Gourvennec, paysan-Directeur général, Alain Baudouin et Louis-Roger Dautriat, Fayard, 1977.

 

 

 

 

Publicités

Toxiques, naturellement

Cet article est paru dans Que Choisir de septembre 2016.

Pas d’agriculture sans traitement, pas de traitement sans inconvénient. Qu’ils soient bio ou conventionnel, tous les agriculteurs luttent contre les ravageurs. Contrairement aux idées reçues, les armes biologiques ne sont pas forcément anodines. Les recherches s’intensifient pour améliorer leur efficacité et réduire leur impact potentiel sur les utilisateurs, la nature et les consommateurs.

Trois mai 2016. Plusieurs organisations, dont Greenpeace, France Nature Environnement, la Confédération Paysanne et la Fondation Nicolas Hulot, cosignent un communiqué intitulé « Interdiction des pesticides néonicotinoïdes: oui, les alternatives existent pour l’agriculture ! »
Que Choisir a déjà évoqué ces néonicotinoïdes, fortement soupçonnés d’intoxiquer les abeilles. Problème, certaines des « alternatives sans chimie » proposées par le communiqué ne sont pas elles-mêmes dépourvu de toxicité. C’est le cas, en particulier, des tourteaux de ricin. Utilisés en agriculture biologique comme engrais et comme répulsif, ils sont interdits dans certains pays, en particulier la Belgique. Quelques graines de ricin suffisent à tuer un chien ou un enfant, en raison de leur forte concentration en ricinine, une toxine extrêmement violente, sans antidote connue.
L’alimentation biologique a le vent en poupe. Affichant des taux de croissance à deux chiffres (+14% l’an dernier), elle réalisait un milliard d’euros de chiffre d’affaires en France en 2000 et plus de cinq milliards en 2015. Un des moteurs de son ascension est le danger avéré ou suspecté des produits phytosanitaires de synthèse, employés en agriculture conventionnelle. Dans l’esprit de nombreux consommateurs, « bio » est ainsi devenu synonyme de « non-traité ». Dans un sondage réalisé en mars 2016 par Harris Interactive, une personne sur deux se disait convaincu que l’agriculture bio n’utilisait aucun traitement. C’est loin d’être le cas. Il existe des centaines de spécialités homologuées en agriculture biologique(1). La réglementation pose d’ailleurs des limites maximales de résidus (LMR) spécifiques au phytosanitaires bio. Les producteurs les respectent. Dans une enquête de l’administration des fraudes publiées en novembre 2013, un produit bio sur 65 n’était pas conforme, ce qui correspond aux manquements généralement constatés en agriculture conventionnelle (1% à 3% d’infractions).

La roténone, bio mais facteur de maladie de Parkinson
Les produits concernés sont loin d’être tous anodins. Le spinosad, insecticide bio, est très toxique pour les pollinisateurs, abeilles ou bourdons. La roténone, quant à elle, a été interdite en avril 2011 au niveau européen, après des années d’emploi en bio. Des études américaines ont montré dès 2008 que cette molécule extraite d’une plante tropicale accroissait les risque de maladie de Parkinson chez l’utilisateur. Aucun danger pour le consommateur n’a été mis en évidence. Pourquoi avoir attendu 2011 pour l’interdire ? Principalement parce que la roténone était très utile pour protéger les pommes, les pêches, les poires et les vignes.
Suite à l’interdiction de la roténone, la filière bio s’est tournée vers une autre substance naturelle. Il s’agit de l’huile de neem, extraite des graines de margousier. Elle a des propriétés insecticides. C’est par ailleurs un perturbateur endocrinien avéré. En Inde, elle est utilisée depuis très longtemps comme contraceptif.
En 2014, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a été saisie, pour évaluer la toxicité éventuelle de l’azadirachtine, la molécule active des tourteaux de neem. Comme les tourteaux de ricin, ils sont utilisés comme engrais et outil de lutte contre les ravageurs. L’Anses a relevé que faute « d’étude sur le métabolisme de l’azadirachtine dans les plantes, l’évaluation de risque pour le consommateur ne pouvait être finalisée ». Dans le doute, le rapport préconisait « d’exclure les épandages sur les sols destinés aux cultures légumières, maraîchères, prairie pâturée et sur toutes les cultures annuelles destinées à l’alimentation ».

L’huile thym, toxique pour la faune aquatique
Le ministère est passé outre. Les tourteaux ont été autorisés. Dans un autre avis, toujours en 2014, l’Anses a examiné les précautions d’emploi justifiées par la toxicité du Neemazal, un traitement bio contre les pucerons des pommiers (2). L’agence préconise, « a minima », la combinaison de protection ‘type III catégorie 4 avec capuche », les gants à usage unique et le tablier imperméable. « Que des défenseurs de l’environnement s’élèvent contre les inconvénients des phytosanitaires de synthèse, je le conçois, résume Daniel Sauvaitre, président de l’Association nationale pommes-poires (ANPP). Qu’ils demandent aux producteurs de les remplacer par de l’huile de neem parce qu’elle ne serait pas toxique, j’ai plus de mal à suivre ».
« L’azadirachtine n’est pas particulièrement préoccupante, dès lors qu’elle est utilisée dans les règles », estime Philippe Stoop, directeur de la recherche de la société d’agrotechnologie montpelliéraine  ITK. « Il faut néanmoins que les produits naturels  soient soumis à homologation. Ils ne sont pas forcément moins dangereux que des produits chimiques ».
« Il n’y a pas d’agriculture sans traitement et il n’y a pas d’efficacité sans inconvénient », résume Catherine Regnault-Roger, membre de l’académie d’agriculture et membre correspondant de l’Académie nationale de pharmacie. Le cuivre de la bouille bordelaise ne passe pas dans le vin (3), mais il s’accumule dans le sol, ce qui se traduit par « un effet phytotoxique sur le développement végétatif » et une inhibition  de « l’activité microbienne et de la macrofaune du sol ». Ce n’est pas le lobby de l’agro-industrie qui le relève, mais le Groupe de de recherche en agriculture biologique (Grab), dans un document de 2011. Idem pour les huiles essentielles. « L’huile de thym est utilisée à grande échelle sur les amandiers de Californie, reprend Catherine Regnault-Roger. Elle est efficace, mais on sait depuis longtemps que le thymol, le principe actif, est nocif pour les organismes aquatiques ».

Des phénomènes de résistance aux pesticides bio
Fin avril 2016, des décrets sont parus, assouplissant les conditions d’emploi de ce qu’on appelle les préparations naturelles non préoccupantes (PNNP). Il s’agit de traitements que les agriculteurs peuvent préparer eux-mêmes, à l’image du purin d’ortie.
D’après un rapport publié en 2014 et réalisé par plusieurs organismes, dont l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab) et le Grab, « peu préoccupant » ne veut pas dire totalement inoffensif. Des tests sur des décoctions d’armoise, de menthe, d’absinthe, de prèle et de saule blanc montrent une augmentation de la mortalité des abeilles exposées. Elle est minime (surmortalité de 10% maximum par raport à un groupe test non exposé), mais l’utilité des traitements contre les ravageurs l’est également. « Efficacité́ réelle mais difficilement répétable et reproductible (…) Les potentiels de remplacement des pesticides synthétiques sont faibles », concluent les rapporteurs.
Molécule naturelle ou de synthèse, la balance efficacité/toxicité varie finalement assez peu. Côté bilan environnemental, la niche du bio (4,14% de la surface agricole utile en 2014) bat le conventionnel à plate couture, mais qu’en serait-il si la filière se développait ?
Les molécules naturelles employées en agriculture biologique se dégradent assez rapidement sous l’effet de la lumière, de la pluie ou de la chaleur. C’est pour cette raison qu’elles ne s’accumulent pas dans l’environnement. Revers de la médaille, il faut traiter souvent. Or, même naturel, un insecticide a, par définition, une toxicité et un impact sur la nature. De plus, comme les rendements  du bio sont inférieurs, à production égale, il faut traiter davantage de surface. Enfin, les ravageurs développent aussi des résistances aux molécules naturelles !  « Comme il y a peu de traitements en bio, les agriculteurs sont amenés à utiliser souvent les mêmes, ce qui accélère l’apparition des résistances », relève Philippe Stoop.

Les agriculteurs bio, qui viennent pour moitié au moins de l’agriculture conventionnelle, sont conscients de ces limites. Rebutés par les cahiers des charges « AB », beaucoup reviennent au conventionnel. En 2013,  2000 exploitants sont passés au bio, et mille en sont sortis, selon les chiffres de l’Agence Bio. Sur quelque 25.000 exploitations, ce n’est pas négligeable.
Quant aux agro-industriels, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ils regardent avec sérénité le développement du bio. Ils ont tous des filiales présentes sur ce marché. Les perspectives de gains en bio sont nettement meilleurs qu’avec des molécules comme le glyphosate (Round-up), tombée dans le domaine public en 2000 et vendue à prix cassés par plus d’une trentaine de fabricants ! En passe de racheter Monsanto, Bayer commercialise des néonicotinoïdes, mais il a aussi une gamme de produit homologué « AB » et investit massivement depuis quelques années dans ce qu’on appelle le biocontrôle.

Le biocontrôle, une voie prometteuse
Celui-ci consiste à utiliser contre les ravageurs des substances naturelles (comme le kaolin, une sorte d’argile), des macro-organismes (des mini-guêpes dite trichogrammes contre la pyrale du maïs), des micro-organismes (un virus pour tuer un insecte nuisible) ou bien des susbtances chimiques. Celles-ci peuvent être des toxine naturelles, ou encore des phéromones de « confusion sexuelle »,  qui perturbe la reproduction d’une famille d’insectes à un moment clé. Dans ce dernier cas, le biocontrôle n’est pas forcément compatible avec l’agriculture biologique. Des producteurs de tomates ou de raisin qui n’utilisent pratiquement plus de phytosanitaires grâce au biocontrôle se tiennent, pour cette raison, à l’écart des certifications bio. « Actuellement, résume Antoine Meyer, président pour la France de l’International Biocontrol Manufacturers Association (IBMA), le biocontrôle représente 4% du marché mondial des produits phytosanitaires, avec une perspective de développement jusqu’à 15% d’ici 2020. Aujourd’hui, 70% des producteurs de fruit utilisent le biocontrôle, en particulier la confusion sexuelle. Chez les producteurs de tomates sous serre, on doit être à 100%. Les bonnes années,  certains se passent totalement de traitement conventionnel. Sur les grandes cultures (maïs, blé, betteraves…) il y a encore du travail. Schématiquement, il existe vingt familles de productions, qui ont chacune vingt perturbateurs. Nous sommes loin d’avoir 400 parades en biocontrôle. Les recherches sont en cours ».
Elles intéressent énormément d’agriculteurs, prêts à utiliser moins de phytosanitaires, mais qui n’iront pas vers l’agriculture biologique, pour des raisons économiques ou techniques.  Selon les chiffres de l’UE, dans les pays européens qui avaient pris les premiers le virage du bio, la part de la surface agricole utile cultivée en « AB » stagne, voire recule. C’est le cas en Espagne (-8% de 2012 à 2013), en Grande-Bretagne (-5%), en Autriche (-2%), au Danemark (-0,2%), en Irlande (-0,8%) et en Slovaquie (-3,8%).

Encore et toujours des limites
Dans les cas où l’agriculture biologique pose des défis trop complexes, « le biocontrôle est intéressant, complète Thibaut Malausa, chargé de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Attention, ce n’est pas la panacée. Les coopératives qui le testent nous disent  qu’il est 5% à 15% plus cher que le conventionnel et 5% à 15% moins efficace ». Le surcoût vient principalement de l’obligation de multiplier les passages, faute de traitement à large spectre. « Par ailleurs, poursuit Thibaut Malausa, en cas de très forte concentration en pathogènes, le biocontrôle ne suffit pas ». « Effectivement, complète Arnaud Meyer, si un producteur constate que la confusion sexuelle, par exemple, n’a pas suffit, il va employer un traitement conventionnel. Le but est qu’il en emploie nettement moins, grâce au biocontrôle ».
Le biocontrôle montre également ses limites dans une situation particulièrement délicate en agriculture : lorsqu’il s’agit de lutter, non pas contre des insectes, mais contre une bactérie ou un virus que ces insectes transmettent aux cultures. Dans ce cas, il ne suffit pas de tuer 99% des populations cibles. Il faut faire du 100%.
C’est le cas face à la flavescence dorée, une maladie de la vigne très grave, causée par une bactérie, elle-même propagée par un insecte nommée la cicadelle. Les premiers signes d’infection sont visibles seulement des mois après la contamination. En 2014, un vigneron de Côte d’Or travaillant en biodynamie a été jugé pour avoir ignoré un arrêté préfectoral, imposant un traitement chimique préventif lourd contre la cicadelle. Il n’y avait aucun foyer de cicadelle signalé en Côte d’Or, mais il y avait dans la balance une menace sur un des vignobles les plus prestigieux du monde. Dilemme. Le vigneron a été condamné en première instance et relaxé en appel.
Face à la flavescence, il n’y a pas d’autres remèdes que l’arrachage et la chimie de synthèse. En 2010, l’association interprofessionnelle des vins biologiquesdu Languedoc-Roussillon a testé les remèdes bio contre la flavescence dorée. Jugement sans appel : « La majorité des produits naturels testés dans le cadre de ces expérimentations présentent un niveau d’efficacité tout à fait insuffisant pour maîtriser le développement des populations de cicadelles. De plus certaines molécules, bien que naturelles, posent des problèmes de toxicité pour l’utilisateur (roténone, nicotine…) ».

Coccinelle asiatique, les débordements d’une star
Le biocontrôle, enfin, est parfois victime de son efficacité. La coccinelle asiatique, pionnière depuis les années 1980 dans la lutte contre les pucerons, est désormais classée dans l’UE parmi les espèces invasives ! Longtemps vendue en jardinerie comme antipucerons « bio », elle est porteuse saine d’un parasite néfaste pour les espèces européennes.
A L’Inra comme ailleurs, les chercheurs sont conscients de ces limites. La facilité d’emploi des pesticides conventionnels a donné lieu à des excès criants. L’agriculture en sort, dans tous les pays européens. La quantité de phytosanitaires utilisée par hectare de surface agricole utile en France a été divisée par deux, voire trois dans certaines cultures, par rapport aux années 1970. Elle a baissé d’un tiers entre 1999 et 2010, selon les chiffres du ministère du développement durable (de 3,28 kg/ha à 2,28 kg/ha). Depuis, elle est sur un plateau, variant de quelques points en fonction des conditions climatiques. Les années douces et humides, comme 2013 et 2014, la consommation de pesticides repart à la hausse. Il est clair, néanmoins, qu’elle ne retrouvera jamais ses niveaux d’antan.
L’agriculture biologique et le biocontrôle ont contribué et contribueront encore à cette amélioration des pratiques. Le piège, signalé par tous les experts interrogés dans le cadre de ce dossier, serait d’imaginer que les pratiques alternatives sont elles-même sans risque et sans inconvénient. Ceux de l’agriculture conventionnelle sont désormais bien connus, au point d’occulter qu’elle n’a pas à rougir de son bilan, en terme de santé des consommateurs. L’agriculture biologique génère des produits exceptionnellement sains, mais c’est une démarche délicate, qui pardonne mal les erreurs. En décembre 2007, octobre 2012 et septembre 2013, il y a eu des cas d’intoxication par des farine de sarrasin bio en provenance de Bretagne. Le sarrasin avait été mal trié et contenait des graines de datura, une plante toxique et hallucinogène. Exactement le genre de « mauvaises herbes » que la chimie lourde éradiquait de nos campagnes, pour le meilleur et pour le pire…
Erwan Seznec

(1) Le Guide des produits de protection des cultures utilisables en agriculture biologique est disponible sur http://www.ecocert.fr. Il fait cinquante pages.
(2) Anses, saisine 2014-SA-0219 et 2014-SA-0112
(2) En principe. En décembre 2015, la marque bio allemande Voelkel a retiré du marché une sort de sangria sans alcool d’origine espagnole, pour suspicion de dépassement du taux de cuivre autorisé.
(3) La liste officielle des substances qui en contiennent comporte plus de 100 noms. Elle est disponible sur http://e-phy.agriculture.gouv.fr/mata/4379.htm

FNSEA, le syndicat qui déplore la violence

Ce chapitre est extrait du Livre Noir des syndicats, publié chez Laffont en mai 2016, écrit avec ma consoeur Rozenn Le Saint. La version ci-dessous est brute, avant relecture et corrections, mais les modifications par rapport à la version publiée sont minimes. Comme le chapitre d’Histoire secrète du patronat, il vise simplement à montrer que parler des inconvénients du bio ne veut pas dire qu’on roule pour la FNSEA. Laquelle, du reste, a au moins l’immense mérite de tolérer la critique.

 

Juillet 2015. Dans tout l’Ouest, des milliers d’agriculteurs manifestent leur mécontentement, à l’appel de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes agriculteurs (JA). Ils protestent contre la faiblesse des prix du lait, du porc et de la viande bovine. Les accès à Caen sont bloqués pendant plusieurs jours. Les rassemblements dégénérent. à Quimper (Finistère), un supermarché Lidl est saccagé. A Vannes (Morbihan), les agriculteurs s’en prennent à un centre Leclerc.

Dans ces circonstances, comme à l’accoutumée, la position de la Fédération est ambiguë. Un jour, elle incite ses adhérents à charger leurs remorques de pneus, fumier et paille pour mettre la pagaille afin de témoigner de leur désespoir. Le lendemain, elle se présente comme un modérateur aux yeux du gouvernement, quitte à se faire accuser par ses propres rangs de ne pas se mouiller suffisamment. Il en faut plus pour désarconner ses leaders. Voilà des décennies que la Fédération souffle sur les braises la nuit tombée pour peser davantage sur la table des négociations le jour. Double jeu classique pour une organisation syndicale, mais auquel se mêle ici une dose tout à fait inhabituelle de violence et d’impunité.

Cette exception a des racines historiques profondes.

Crée en 1946, la FNSEA domine dès l’origine le paysage syndical agricole, ne laissant qu’un espace minuscule à ses rivaux, comme le Modef, proche du PCF. En 1954, le Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA) voit le jour, mais sans égratigner un monopole qui convient très bien à l’Etat, satisfait d’avoir un interlocteur unique. Les « JA » sont une succursale, le marchepied des exploitants juniors vers les responsabilités fédérales. Il faudra attendre l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, en 1981, pour que le pluralisme dans le monde agricole soit timidement encouragé (voir chapitre sur la confédération paysanne et la coordination rurale).

Entre temps, la FNSEA a pris les rênes et n’entend pas les lâcher. Le monde agricole de l’après-guerre est en pleine mutation. La France des années 1950 a faim et ses paysans ne la nourrissent pas. Il faut importer des produits agricoles de base. Pour répondre aux besoins, un modèle d’agriculture intensif se met en place, qui hisse le pays au premier rang des puissances agricoles européennes en moins de 25 ans.

La FNSEA soutient cette orientation mais rôde en parallèle son utilisation de la violence utile. En 1961, une série de manifestations musclées en Bretagne a donné des résultats étonnants. Les pouvoirs publics ont cédé sur une série de revendications majeures. Dans les décennies qui suivent, au gré des crises de suproduction, des sécheresses, des poussées de la concurrence hollandaise, des réformes de la politique agricole commune, les cassages de préfectures et de sous-préfectures, les blocus de gares et les descentes dans les supermarchés se succèdent. Le paroxisme est atteint à Montredon-des-Corbières, en 1976. Des viticulteurs en colère tirent à la carabine sur les CRS en employant des munitions pour gros gibier. Joël le Goff, commandant de la CRS 26, est tué. Il y a 28 blessés parmi les forces de l’ordre, plusieurs très sérieusement. L’enquête n’aboutira jamais, conformément à une tradition solidement établie d’impunité, qui resurgit au moment des Bonnets Rouges.

En 2013, c’est la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) du Finistère qui met le mouvement breton en position de se faire entendre, en recourant à la violence. Quand des légumiers remontés contre les contraintes fiscales et administratives incendient le centre des impôts et les locaux de la Mutualité sociale agricole de Morlaix, ils ont droit aux félicitations de Thierry Merret, président de la FDSEA. Les faits étaient pourtant graves. Non content de provoquer l’incendie, les légumiers ont retardé l’arrivée des pompiers en mettant en place un ballet de tracteurs, avant de gêner leurs manoeuvres en déversant des tonnes d’artichauts sous leurs pieds. Ce ne sont plus des délits, mais des crimes passibles des assises.

Trois jours après, un communiqué commun du syndicat et de la Chambre d’agriculture de Bretagne, regrette « le recours à des actions violentes », formule hypocrite immédiatement démentie par un grand élan de franchise: « la profession toute entière n’encourage pas à l’excès. Mais, elle ne sait plus comment se faire entendre afin que des mesures efficaces et rapides soient prises ! » Ou plutôt, elle sait trop bien comment se faire entendre.

Une enquête est ouverte. « Thierry Merret ne sera pas touché malgré son implication », pronostique immédiatement Bernard Lannes, président national de la Coordination rurale, organisation qui concurrence la FNSEA sur sa droite. Bien vu. Un seul Bonnet rouge est placé en détention provisoire. Encore une fois, les forces de l’ordre font mine de peiner à identifier les auteurs des faits. « Ils sont pourtant arrivés en tracteur, pas en avion supersonique », ironise Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, rival de gauche de la FNSEA.

 

Crise du lait, le double jeu syndical

Au fil du temps, la FNSEA se professionnalise, s’étend, se ramifie. Son expertise est reconnue à Bruxelles comme à Paris. Ses dirigeants sont des notables, souvent administrateurs de la Mutualité sociale agricole et du Crédit agricole, maires de leurs villages, presque toujours de droite. Après avoir cautionné des dizaines de manifestations ayant causé des centaines de millions de francs de dégâts, François Guillaume, président de la FNSEA de 1979 à 1986, devient ministre de l’agriculture de Jacques Chirac de 1986 à 1988.

Ce n’est évidemment pas un tel signal qui incitera la Fédération à renoncer à ses méthodes musclées. Le hiatus avec sa notabilisation devient néanmoins gênant en 2009, lors de la grande grève du lait. La FNSEA dénonce à grand fracas les marges « exorbitantes » des géants de la distribution. En réalité, entre 2005 et 2009, la marge des transformateurs (ceux qui mettent le lait en brique, fabriquent le beurre ou les yaourts) a beaucoup plus augmenté que celle des distributeurs. En 2009, selon les chiffres du ministère de l’agriculture, sur une brique de lait, la grande distribution touche 18 % du prix payé par le consommateur, le producteur moins d’un tiers, et le transformateur, près de la moitié. Or, parmi ces transformateurs, on trouve des industriels, mais aussi des coopératives tenues par des organisations membres de la FNSEA ! [1] La première de France, Sodiaal (Candia, Yoplait, Entremont), a comme président de son conseil d’administration Damien Lacombe, fils de Raymond Lacombe, président de la FNSEA de 1986 à 1992…

 

L’Association des producteurs de lait indépendants (Apli), soutenue par la Coordination rurale, prend ces distance avec ce double jeu. « Personne ne s’en est jamais pris aux transformateurs, parce que parmi eux, il y a les coopératives laitières », dénonce son porte-parole, Pascal Massol. « Elles font partie de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), qui est une antenne de la FNSEA. Il n’y a aucune séparation des pouvoirs».

Les producteurs sont évidemment conscients de ces incohérences. Dans les départements laitiers, le conflit laisse des traces. En 2013, la FNSEA perd le contrôle de la chambre d’agriculture du Calvados, gagnée aux élections professionnelles par la Coordination rurale. En 2010, la FDSEA du Finistère enregistre un recu de 6% de ses adhérents, qui ont refusé de verser leur cotisation (350€ par an en moyenne). Pas de quoi émouvoir l’organisation. « Ils nous sanctionnent mais ils adhèrent à nouveau les années suivantes. Ils n’ont pas le choix, s’ils ont besoin d’aide juridique, par exemple », explique Anne-Sophie Herry, de la FDSEA du Finistère.

Lorsqu’un agriculteur appelle pour obtenir des conseils juridiques, on lui passe le service de la FNSEA, dans les départements où elle dirige la chambre d’agriculture, c’est-à-dire presque tous (les exceptions en 2015, en plus du Calvados, étaient le Puy-de-Dôme, la Charente et le Lot et Garonne). « Dans la Loire, explique Laurent Pinatel, éleveur dans ce département, la chambre délègue au syndicat une partie des services. Après avoir obtenu des renseignements, les agriculteurs se sentent obligés d’adhérer. De notre côté, nous avons davantage d’adhérents retraités qu’actifs: quand ils n’ont plus rien à perdre, des petits paysans plus proches de nos convictions rendent leur carte à la FNSEA pour nous soutenir ». Tant qu’ils sont en activité, ils restent en bons termes avec l’organisation pour profiter de sa capacité de service, mais aussi pour éviter sa capacité de nuisance.

Francis Prigent, producteur de lait dans les Côtes-d’Armor, a adhéré en 2008. « La FNSEA est bien implantée au niveau des commissions d’installations », relève-t-il. « Mon fils s’est établi en 2004 et ça n’a pas été facile, parce qu’il n’était pas adhérent. Quand on n’est pas avec eux, on est contre eux. » Pour obtenir un avis positif d’installation auprès de la Commission départementale d’orientation agricole, où siègent les représentants de l’Etat et des syndicats, mieux vaut avoir sa carte chez les majoritaires : FNSEA ou Jeunes agriculteurs, ce qui revient au même.

En attestent ces propos, tenus le 20 octobre 2011, à l’occasion de l’audition des responsables de la Confédération agricole des syndicats d’exploitants familiaux (MODEF) :

« M. Alain Gaignerot. Dans le syndicalisme majoritaire, l’adhésion paraît quasi obligatoire : il est de notoriété publique que, sans adhésion à la FNSEA ou aux JA, il est difficile d’obtenir des prêts – bien qu’il y ait eu une évolution en la matière depuis la fin du monopole du Crédit agricole –, d’agrandir son exploitation, voire d’obtenir des conseils juridiques : dans certaines chambres d’agriculture, le conseiller juridique suggère d’abord à l’agriculteur de prendre sa carte à la fédération départementale, la FDSEA. Bien sûr, de telles conditions ne sont jamais exposées par écrit.

 

 

« Carte moisson », réductions et rétrocommissions

Adhérer à la fédération majoritaire, c’est aussi bénéficier de réductions diverses et variées, façon comité d’entreprise. Bien connue des exploitants agricoles, la « carte moisson  » donne droit à des réductions chez Groupama, à la piscine municipale, au karting, dans les parcs d’attraction, chez Darty, voire chez l’ennemi, à savoir la grande surface Carrefour… [2].

« La FNSEA obtient des réductions à Décathlon et des places pour des matchs de foot de l’AS Saint-Etienne. Ce n’est pas le rôle d’un syndicat, ce n’est même plus de la politique, c’est une dérive clientéliste », dénonce Laurent Pinatel. Une dérive qui rapporte : « le syndicat encaisse sa part sur la ristourne carte moisson, de l’ordre de 5% des ventes réalisées sous forme de rétrocommissions, relève Bernard Lannes, de la Coordination rurale. Cela revient peu ou prou à certaines pratiques de la grande distribution, les marges arrières, que la même FNSEA dénonce. Mais cela, les adhérents ne le savent pas». Dans une convention de partenariat que nous nous sommes procurée, un encadré final met en garde en lettres capitales : « Attention, les exploitants agricoles ne sont pas censés savoir qu’il y a une rétrocession dont bénéficie la fédération départementale»…

En 60 ans, le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par quatre, passant de deux millions en 1955 à moins de 500 000 en 2015. Selon le dernier recensement agricole, deux cents exploitations disparaissent chaque semaine. Dans l’écrasante majorité des cas, il s’agit de départs en retraite sans repreneur. Les terres ne sont pas abandonnées. Un autre exploitant les rachète, mais le plus souvent en s’endettant. « Obtenir des prêts individuels, c’est le parcours du combattant », résume Bernard Lannes. « L’installation aidée proposée par les coopératives offre un ticket d’entrée à la banque, car le risque est dilué. Le problème est que l’exploitant devient redevable. Aujourd’hui, 60% des agriculteurs sont financés par les coopératives ». Comme la FNSEA a la main mise sur la plupart d’entre elles et qu’elle entretent d’excellentes relations avec le Crédit agricole, le rapport de force penche inévitablement en sa faveur.

 

Constituer une agro-industrie puissante

Les manifestations fréquentes et spectaculaires le font souvent oublier, mais il y a une profonde identité de vue entre l’Etat et de la FNSEA sur un objectif à long terme, fixé par la loi de modernisation de l’agriculture française de 1962 : la France a besoin d’une agro-industrie puissante, centralisée et fortement capitalisée. Si la FNSEA doit prendre quelques libertés avec les règles en chemin pour protéger et développer ce secteur, qu’elle les prenne. Les pouvoirs publics fermeront les yeux. « On se fait la bise dans tout ce petit monde, on est à tu et à toi et après, les leaders de la FNSEA organisent des pseudos manifestations pour râler contre des décisions prises en cogestion », résume abruptement Bernard Lannes.

L’affaire dite « Unigrains » et celle des « cotisations volontaires obligatoires » ont montré au début des années 2000 à quel point l’Etat laissait le champ libre à la FNSEA. Dans les deux cas, la Fédération a commis le même genre d’abus. Utilisant sa position privilégiée, elle a collecté ce qui s’apparentait à des taxes parafiscales auprès des agriculteurs, et elle utilisé l’argent, non pas au profit des cotisants, mais pour financer ses activités et pour asseoir son influence. Il n’y a pas eu de détournement à proprement parler, et encore moins d’enrichissement personnel, mais l’esprit et la lettre des lois ont été violés pendant des années, avec l’accord explicite des gouvernements successifs.

Les sommes en jeu représentent certainement une part importante des ressources de la FNSEA. Celle-ci ne publie pas de comptes certifiés, comme une loi de 2008 le prévoit. Au moment de l’adoption du texte, la fédération paysanne a déclaré d’emblée qu’elle ne s’y plierait pas, ce qui au moins le mérite de la clarté. Le rapport Perruchot de 2011 estime néanmoins que 30% seulement du budget de la Fnsea vient des cotisations volontaires des adhérents. Le reste est issu de taxes et de cotisations rendus obligatoires. Le même rapport contient un autre chiffre, qui montre que la FNSEA calcule très large pour financer son train de vie. En 2011, elle avait trente millions d’euros de patrimoine, dont quinze millions de trésorerie disponible, le reste étant constitué principalement de son patrimoine immobilier.

 

Unigrains

Jusqu’en 1999, Unigrains était rigoureusement inconnu hors du sérail agricole. Cette société financière spécialiste de l’agro-alimentaire, liée à la FNSEA, fait la une des journaux à partir de la publication d’un rapport de la cour des comptes, en janvier 1999. Le rapport traite aussi en détail de l’Institut technique des céréales et des fourrages (ITCF), qui fonctionne en tandem avec Unigrains. Les deux structures perçoivent une part de la taxe de financement des actions du secteur céréalier (Fasc). En contrepartie, Unigrains est censé gérer un fonds de garantie pour l’exportation des céréales, alors que l’ICTF doit plancher sur le développement des débouchés des céréales et produits dérivés. Comme vont le constater les auditeurs de la cour, en réalité, Unigrains et ITCF ne sont pas très actifs dans leurs domaines respectifs. Les deux organismes se sont en fait transformés en tirelire. Ils capitalisent année après année des centaines de millions de francs, dans lesquels la FNSEA pioche au gré de ses besoins. Placé au Crédit agricole, alors qu’il appartient au Trésor public, le pactole atteint deux milliards de francs en 1997 (304 millions d’euros). Il permet de prendre des participations dans des sociétés agro-alimentaires, financer les associations d’éleveurs, de céréaliers, un éditeur, etc. cas extrême, la FNSEA va ponctionner Unigrains pour permettre à la confédération nationale des éleveurs de payer sa cotisation …à la FNSEA ! La cour des comptes ne manque pas de rappeler que le ministère de l’agriculture et celui du bugdet sont tenus informés de ces décisions. Non seulement Bercy ne contrôle pas Unigrains et ICTF, mais l’administraition fiscale les a quasiment exonéré d’impôt sur les sociétés !

Tous les céréaliers payent la Fasc, mais évidemment, seuls les organisations qui sont proches de la FNSEA profitent en retour de l’argent d’Unigrains et de l’ITCF. Jamais les fonds ne vont à l’ennemi, à savoir le Modef, la Confédération paysanne et la Coordination rurale. Cette dernière porte plainte au pénal à travers une des branches, l’Organisation des producteurs de grains. Luc Guyau, président de la FNSEA de 1992 à 2001, est mis en examen avec sept autres responsables .

Le procès a lieu en 2008 et se solde par une relaxe générale. La constitution de partie civile de la Coordination rurale a été rejetée. Alain Lamassoure, ministre du budget, Henri Nallet et Michel Rocard, en leur qualité d’anciens ministres de l’agriculture, sont venus à la barre défendre la FNSEA. En caricaturant à peine leurs témoignages, on peut le résumer ainsi : ce qui est bon pour la FNSEA est bon pour l’agriculture, donc pour le pays.

Pour l’anecdote, suite au rapport la FNSEA a quand même dû renoncer aux facilités budgétaires d’Unigrains. Pour compenser un peu le manque à gagner, le gouvernement a accepté dès 1999 la création d’observatoires de l’emploi salarié agricole dans chaque département, alimentés par une cotisation des adhérents à la chambre d’agriculture. Placés sous la tutelle de la FNSEA, ils sont assez peu actifs mais sont dotés de moyens qui leur permettent de rémunérer quelques permanents.

 

Le bureau de la ministre Dominique Voynet saccagé en représailles

Le 8 février 1999, le bureau de la ministre de l’environnement Dominique Voynet était saccagé par un commando de plus de 150 paysans. L’enquête n’a « pas permis de trouver les responsables », avait regretté le procureur en juillet 2001, lors d’un procès en correctionnelle où cinq agriculteurs avaient écoppé d’amendes pour des faits annexes [3]. Le ministère de l’environnement se trouve avenue de Ségur, non loin de l’hôtel Matignon qui abrite les services du premier ministre, dans le 7e arrondissement. Ce secteur de Paris est un des périmètres les plus sécurisés de France. Personne, et surtout pas Dominique Voynet, n’a jamais cru sérieusement qu’il était possible d’y prendre d’assaut un ministère et de repartir incognito. Comme l’avait dit un des prévenus à la barre du tribunal correctionnel, « un agriculteur à Paris, ça se voit comme le nez au milieu du visage ». 150 agriculteurs se voient encore davantage.

L’opération organisée ce jour-là visait officiellement à protester contre la chute des cours. Elle intervenait surtout un mois après la publication par la Cour des comptes de son rapport sur Unigrains. Une sorte de pacte tacite avait été rompu. La Cour des comptes avait passé passé les bornes, la FNSEA l’a fait à son tour en attaquant rue de Varenne. Dominique Voynet a probablement été prise pour cible car elle nourrissait -déjà – un projet d’écotaxe qui n’était pas du goût du syndicat, et probablement pas davantage de celui du ministère de l’agriculture. Le gouvernement de gauche de l’époque voulait acter une évolution évidente. La confédération agricole et la coordination rurale montaient en puissance, la FNSEA ne pouvait plus prétendre représenter l’intégralité du monde paysan, et il n’était plus acceptable qu’elle accapare toutes les ressources para-fiscales.

Les cotisations volontaires obligatoires

Ces étranges cotisations, à la fois volontaires et obligatoires (les “CVO”), sont issues d’une loi de 1975 et ne sont pas propres à l’agriculture. Le schéma est le suivant. Une branche professionnelle met en place un programme quelconque, par exemple une action de formation. Dans un premier temps, les adhérents cotisent volontairement. Au bout de quelques années, comme le programme s’est institué, le ministère prend un décret qui l’étend à toutes les entreprises de la branche. La contribution devient alors obligatoire. En contrepartie, son utilisation doit être strictement contrôlée par les autorités de tutelle.

Voilà pour la théorie. La pratique de la FNSEA était sensiblement différente. Là encore, les faits sont apparus à la lumière grâce à un rapport de la Cour des comptes publié en 2002, suivi de piqûres de rappel dans les rapports 2004, 2006, 2008, etc. De nombreuses interprofessions agricoles proches de la FNSEA ont pris la fâcheuse habitude de ne jamais rendre de comptes sur l’emploi qu’elles font des CVO, ce qui ne plait pas à la Cour.

Le rapport 2002 mérite d’être cité plus particulièrement car il concernait Sofiproteol. Rebaptisé Avril en 2015, ce groupement de producteurs de colza et de tournesol est également dirigé par Xavier Beulin depuis 2000. Auparavant, il en était administrateur. Or, la Cour des comptes relève en 2002 que Sofiproteol garde 100 millions d’euros en caisse, soit l’équivalent de douze années de cotisations volontaires obligatoires…( De manière plutôt inhabituelle, les magistrats ont d’ailleurs réservé une pique directe à Xavier Beulin, dont les explications n’avaient guère convaincu : “la Cour tient à souligner que la réponse du président de Sofiproteol à la présente insertion se limite à exposer des arguments déjà développés par lui au cours du contrôle et dont la Juridiction n’avait retenu ni le bien-fondé ni la pertinence »…)

Par ailleurs, une grande partie de ces fonds ont été prélevé sans cadre légal, car le gouvernement n’avait jamais pris les décrets rendant obligatoires les cotisations volontaires! « Les prélèvements sont en fait reconduits d’année en année sur la base de résolutions de principe relatives au financement de plans stratégiques synthétiques, qui ne comportent pas d’objectifs précis », résume le rapport.

Concrètement, les paysans se retrouvaient adhérents d’office à des associations générales, qu’il s’agisse de celle des producteurs de mais (AGPM), des producteurs de blé (AGPB) ou des producteurs d’oléagineux et protéagineux (FOP), etc. « Quand j’appelais l’AGPM, succursale de la FNSEA, pour leur demander de me rendre la cotisation ponctionnée d’office, elle s’exécutait. Mais pour un agriculteur qui téléphonait, il y en a des milliers qui n’osaient pas. Ils préféraient se taire, quitte à perdre la centaine d’euros de cotisation forcée », explique Bernard Lannes, de la Coordination rurale. Le rapport 2007 de la cour des comptes parle à propos des CVO de « cotisations syndicales de fait ». Elles étaient investis dans divers projets, au choix de la FNSEA : financement d’un bureau de lobby à Bruxelles, prises de participation dans des PME à travers le fonds Agroplus, tentative de sauvetage du volailler en difficulté Bourgoin, prise de participation – symbolique- dans le capital du journal Le Monde !

L’Etat était parfaitement au courant. « Les représentants des deux ministères ont continûment approuvé l’ensemble des dossiers examinés », relève la Cour, les représentants de l’Agriculture ayant « siégé à l’ensemble des réunions », alors que ceux de Bercy étaient parfois absents.

Personne n’a tenu rigueur à Xavier Beulin de ces anomalies. Elles ne l’ont pas empêché de devenir président de la FNSEA. Elles n’ont d’ailleurs pas toute été corrigées. Les irrégularités juridiques flagrantes ont disparu, mais Sofiproteol n’a jamais restituée le trop-plein de cotisations perçues. En 2015, le débat était loin d’être clos, de plus en plus de producteurs refusant ces cotisations beaucoup plus obligatoires que volontaires. Ils vont parfois en justice avec le soutien de la coordination rurale et la confédération paysanne, mais sans réellement menacé le système.

Pollueurs mais non payeurs, la subvention indirecte à l’agro-industrie

Un dernier dossier illustre à quel point l’Etat et la FNSEA sont d’accord au fond sur le modèle productiviste. C’est celui des agences de l’eau. Chaque année ou presque, la Cour des comptes épingle leur gestion. Ces agences collectent et redistribuent les redevances eau pour la préservation de la ressource et la protection des milieux aquatiques… Et brassent un important pactole d’argent public: pour améliorer les réseaux de collecte, financer les traitements d’eaux usées, les agences devaient verser 13,6 milliards d’euros de 2007 à 2012. Dans leur rapport publié en janvier 2015, les sages de la rue Cambon estiment que l’application du principe pollueur payeur « a reculé » ces dernières années et « ceux dont l’activité est à l’origine des pollutions graves ne sont pas sanctionnés en proportion des dégâts qu’ils provoquent ». Premiers visés, les paysans.

En France, les particuliers paient l’essentiel de la facture: 87% du montant total de la redevance en 2013, contre seulement 7% pour les industriels et 6% pour les agriculteurs. En Loire-Bretagne, ces derniers ont versés « 10% des redevances, c’est davantage qu’ailleurs en France », se défend Martin Gutton, directeur général de l’agence Loire Bretagne. « La plus grande participation des agriculteurs se fait progressivement, ils reconnaissent mieux leur responsabilité dans la dégradation de la qualité de l’eau, avec une teneur en nitrates supérieure dans notre bassin », estime-t-il. Il considère que « la plus grande participation des agriculteurs se fait progressivement, ils connaissent leur responsabilité dans la qualité de l’eau, avec une teneur en nitrates supérieure dans la région. » Pourtant, leur contribution a chuté de 58% en six ans dans le Grand Ouest, dont uniquement 0,6% a été réglé au titre des activités d’élevage alors que c’est cette activité intensive qui produit les nitrates. En tout, les éleveurs ont versé seulement 3 millions d’euros en 2013 « alors que le seul coût du nettoyage des algues vertes sur le littoral est estimé au minimum à 30 millions d’euros par an », selon les magistrats.

Ce à quoi Guillaume Roué, président d’Inaporc et de la coopérative Prestor et patron de la FDSEA Finistère à la fin des années 1980 nous répond tout simplement et sans gêne aucune être « contre le principe du pollueur payeur ». Il estime que « ceux qui veulent laver plus blanc que blanc doivent en assumer le coût. » Il rejette en bloc les accusations de surreprésentation de la profession agricole au sein de l’agence de l’eau Bretagne Loire. Pourtant, au sein du comité décisionnaire, le sous-collège « agriculture, pêche, aquaculture, batellerie et tourisme » représente plus du tiers du collège des usagers, alors que même en Bretagne, le secteur primaire fournit seulement 5% des emplois dans la région, selon le dernier recensement de 2010. Une présence disproportionnée qui permet à la FNSEA de faire pencher de son côté la balance des décisions de répartition des contributions et de faire peser le coût de la dépollution de l’eau sur les consommateurs lambda. Comme l’ensemble du sérail du plus puissant syndicat agricole, il est passé par les Jeunes agriculteurs et il a même présidé la Chambre d’agriculture du Finistère à partir de 1991, avant de la perdre en 1995 au profit de la Confédération paysanne, sanctionnée dans les urnes pour son action monocentrée sur le développement de la culture porcine… Dont l’exploitation intensive pollue les eaux bretonnes toute l’année et fait chaque été la une des journaux télévisés, avec les algues vertes qui déferlent sur les côtes bretonnes.

Ce sont justement les chambres d’agriculture qui désignent ceux qui siègent aux comités décisionnaires des agences de l’eau. De fait, la FNSEA, syndicat ultramajoritaire, dispose « d’un quasi-monopole de représentation », souligne le rapport de la Cour des comptes. Et comme les éleveurs y sont surreprésentés, pas étonnant qu’ils mettent si peu la main au porte-monnaie. D’où les « conflits d’intérêts » dénoncé par les magistrats, d’autant plus que les agriculteurs trouvent le moyen d’accaparer les mandats en tant qu’exploitants, mais aussi en tant que représentants de l’industrie agroalimentaire, pour peu qu’il soit membre d’une coopérative agricole, ou encore, en tant qu’élus locaux.

Xavier Beulin, aboutissement du modèle agro-industriel

Edgar Pisani, ministre de l’agriculture en 1962, père fondateur de la politique agricole commune européenne, a exprimé des regrets quant à cette ligne directrice productiviste défendue par tous les moyens, même illégaux. La FNSEA, jamais. Et ce n’est pas Xavier Beulin, président de la Fédération depuis décembre 2010 et de Sofiproteol-Avril depuis 2001, qui négociera le virage. On a souvent dit au moment de son élection qu’il marquait une rupture, car c’était le premier céréalier à prendre la tête de la puissante organisation, jusque là dévolue à un éleveur. A y regarder de plus près, la rupture est anecdotique par rapport aux élément de continuité. Xavier Beulin est plutôt l’aboutissement de cinq décennies de productivisme.

« Celui qui a deux hectares, trois chèvres et deux moutons n’est pas un agriculteur », déclarait-il au Monde en avril 2014. Mais en est-il encore un lui-même ? « Je suis un paysan comme vous », lançait-il en juillet 2015 à Saint-Brieuc à quelques milliers de manifestants. Sourires dans la foule, pas dupe… Xavier Beulin avait exceptionnellement tombé le costume cravate pour l’occasion, mais les cheveux gominés et la montre de marque démentaient son propos. Sans parler des chiffres.

Dans une enquête datant de février 2015, le site Reporterre tentait de faire le point sur la tentaculaire holding Avril, dont il est président depuis 2001. Forte de sept milliards d’euros de chiffre d’affaires, employant 8200 salariés, elle avale régulièrement d’autres entreprises (Sanders Ouest, Sanders Bretagne, Abera, France Gènes). Elle est présente à toutes les étapes de la filière porcine, des filiales spécialisées dans la nutrition jusqu’aux abattoirs. Interrogé par les journalistes Barnabé Binctin et Laure Chanon de Reporterre, Xavier Beulin avait démenti qu’Avril soit présent au capital de maternités porcines. Or, c’est le cas.  « Xavier Beulin peut-il ne pas être au courant ? Si cela était, son ignorance serait une preuve supplémentaire de l’immensité de la taille du groupe Avril-Sofiproteol dans le secteur agricole, son président ne maîtrisant plus toute la chaîne des implications », écrivent les deux journalistes.

Avril-Sofiproteol a investi dans le journal La France agricole en 2011 via Agra Investissement, également actionnaire d’Agra Presse. Il contrôle ainsi l’ensemble des titres de la presse agricole.  Le groupe, enfin, est un fournisseur qui travaille avec toute la grande distribution, en tant que propriétaire de la marque d’oeufs Matines, et en tant que leader national des huiles de table, à travers ses marques Lesieur, Puget et Isio. Concrètement, le leader de la FNSEA est donc amené à dénoncer les marges « scandaleuses » des hypermarchés, tout en négociant avec eux des volumes considérables d’oeufs et d’huile.

En apparence, la FNSEA a réussi la quadrature du cercle. Elle est à la fois institutionnelle et insurrectionnelle, porte-voix des petits paysans comme de l’agro-industrie, bottes et souliers vernis, ennemi et partenaire des grandes surfaces. Elle entérine les réformes de la politique agricole commune pour mieux les dénoncer. Les paysans connaissent ces contradictions mais semblent à peine lui en tenir rigueur. Entre 2001 et 2013, la FNSEA a stabilisé ses positions aux élections des chambres d’agriculture. A 53% des suffrages, elle cumule plus de voix que la Coordination rurale et la Confédération paysanne réunies. Procès Unigrains, scandale des cotisations volontaires obligatoires, bataille du lait de 2009, elle a surmonté toutes les crises. Elle reste, en 2015, le syndicat le plus influent de France. Cela doit beaucoup à des méthodes tellement musclées qu’elles plongeraient le pays dans le chaos si toutes les organisations professionnelles les adoptaient. Mais tant que les pouvoirs publics s’en accommodent, pourquoi la FNSEA y renoncerait-elle ?

Rozenn Le Saint et Erwan Seznec

[1] La grève du lait de 2009 a divisé les campagne, entre ceux qui ont continué de suivre la FNSEA et ceux qui s’en sont écartés. Cas emblématique, un groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC) de Bretagne était tenu par deux frères, dont l’un était membre du conseil d’administration de la coopérative Entremont, à l’époque sous l’étiquette FNSEA. Pendant le conflit, la moitié de la traite était vendue et l’autre moitié était jetée…

[2] Sans oublier une agence matrimoniale, dans l’Oise !

[3] Quatre manifestants ont écopés d’amende.